CFP : TIC et travail : les États-Unis a l’origine de la diffusion du capitalisme numérique

Colloque interdisciplinaire HDEA - TCS
TIC et travail : les États-Unis a l’origine de la diffusion du capitalisme numérique
Université Paris Sorbonne, 29-30 mai 2013

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont bouleversé les pratiques professionnelles : l’acquisition, le traitement et le stockage des données grâce au « hardware », au « software » et aux réseaux ont profondément modifié le travail dans les bureaux et les usines. Leur impact a dépassé les murs des entreprises, avec comme conséquence la modification des contraintes liées au temps et a l’espace et l’imbrication croissante de la vie professionnelle et de la vie personnelle.

L’impact des TIC est souvent conçu en termes antinomiques : on vante d’un coté les avantages des nouvelles technologies en termes de gains en interactivité, en autonomie et en créativité des salariés, typiques ou atypiques (independent contractors). De l’autre, on redoute un surcroit de stress du aux sollicitations incessantes, au contrôle en « temps réel » du travail, et de surveillance des interactions sur le lieu de travail.

Si l’on évalue les avantages et les inconvénients des TIC au travail, on s’interroge moins souvent sur leurs conditions d’existence. La dimension globale de l’usage professionnel des TIC lui confère en effet un aspect universel et pour ainsi dire anhistorique. Cet usage a pourtant des origines précises : des personnes ont été a l’origine de ces nouvelles techniques, les ont réorientées, et communiquées, a partir d’espaces bien précis et a des moments identifiables. Dans certains cas, ces nouvelles pratiques font référence a des éléments constitutifs de l’identité culturelle des États-Unis. Qui plus est, l’adoption croissante des TIC s’inscrit dans le
cadre de profondes mutations du marché du travail - flexibilité, réduction des couts, précarisation, déréglementation - mutations que les TIC vont permettre d’amplifier, et dont l’origine se trouve aussi en grande partie aux États-Unis. Ce pays continue par ailleurs a jouer un rôle majeur et moteur dans le développement, la diffusion et le contrôle des TIC, et la sphère anglophone s’est étendue avec la médiasphère.

Il est donc nécessaire de re-territorialiser la question des TIC : sur quelles bases économiques, sociologiques et culturelles ces technologies, porteuses du “nouvel esprit du capitalisme” (Boltanski et Chiappello 1999), du “capitalisme numérique” (Schiller 1999), mais aussi des logiciels libres et des « digital commons » comme Wikipédia, se sont-elles historiquement diffusées dans la sphère professionnelle ? Comment y sont-elles entrées en interaction, synergique et / ou antagonique avec d’autres faits sociaux ? La mondialisation des pratiques pose également la question de l’interculturalité, les différentes cultures entrant dans un processus d’appropriation et de modification de la culture américaine mondialisée dont les TIC sont un puissant vecteur de diffusion.

Dans cette optique nous sollicitons des communications portant notamment sur
les sujets suivants, envisagés sous l’angle de leur rapport aux États-Unis :

  •  Rhétoriques entrepreneuriales et déploiement des TIC.
  •  Rôle des TIC dans les processus de déréglementation et délocalisation néolibérale.
  •  Vecteurs de transmissions : manuels de management, salons professionnels, politiques publiques, médias, campagnes de sensibilisation, séminaires, compétitions entre grands groupes (Apple vs. Microsoft, etc.).
  •  TIC et lieux de travail : pratiques et discours des nouvelles architectures de bureau.
  •  Formes d’organisation horizontales et en réseau facilitées par les TIC et formes de contrôle “soft” antérieures aux États-Unis, telles que les pratiques informelles, décentralisées, ou par équipes des agences de publicité et laboratoires de recherche.
  •  Émergence d’une catégorie socioprofessionnelle spécialisée (“hackers” ou programmeurs) dont les valeurs d’autonomisation de l’expertise, de partage et d’échange transparent semblent contrevenir au capitalisme, mais reprennent des idéaux entrepreneuriaux typiquement nord-américains tels que l’indépendance, le faire soi-meme, la défiance envers les institutions.
  •  TIC et domination masculine : impact des compétences techniques sur l’égalité entre les genres au travail.
  •  Utilisation des « réseaux sociaux » pour la surveillance extra-professionnelle et la constitution d’un réseau personnel et professionnel.
  •  Rôle des consommateurs : évolution du consommateur militant et opposant au consommateur participant au développement des produits (« prosumer »).
  •  Gouvernance des réseaux (notamment la régulation par les licences légales)
    et droit américain, fondé sur les libertés individuelles.

    Modalités :

    Priere d’adresser un résumé de 250 mots maximum aux organisateurs avant le
    15 décembre 2012 (fraysseo@aol.com et mathieu.oneil@anu.edu.au).

    Les participants sélectionnés seront avertis le 15 janvier 2013.

    Call for Submissions

    Interdisciplinary Conference HDEA - TCS

    ICT and Work : the United States at the Origin of the Dissemination of Digital Capitalism

    Université Paris Sorbonne, 29-30 May 2013

    Information and communication technologies (ICTs) have revolutionized work practices : the acquisition, processing and storage of data thanks to hardware, software, and networks have changed the face of work in offices and factories. Their impact has been felt beyond the walls of traditional companies’ spaces, resulting in the modification of time and space constraints at work and in the constant blurring of the frontier between private and work life. The impact of ICT is often viewed in Manichean terms : some exalt the benefits of new technologies in terms of gains in
    interactivity, autonomy and creativity for employees, including atypical employees such as “independent contractors”, while others warn against increased stress due to constant demands, real-time control of working activities and surveillance of workplace interactions.

    While pros and cons of the use of ICT at work are widely debated, there is markedly less interrogation of what has made its existence and dissemination possible. The global dimension of professional uses of ICTs makes them look universal and, so to speak, ahistorical. Yet these uses have a precise origin : individuals have elaborated, reoriented, and disseminated these new techniques in specific places and at identifiable moments. Some of these practices refer directly to US cultural practices and ideologies. Moreover, the growing adoption of ICTs goes hand in hand with deep changes in labor markets such as flexibility, cost-cutting, casualization of work and
    deregulation, which ICTs have contributed to amplify, a phenomenon largely
    originating in the US. Further, the United States has continued to play a major role in the development, the dissemination and the control of ICTs, while the extension of the mediasphere has been accompanied by a corresponding extension of the anglosphere.

    It is therefore indispensible to re-territorialize the issue of ICTs. What have been, historically, the economic and sociological bases for the development and dissemination into the work sphere of those technologies, which carry with them the “new spirit of capitalism” (Boltanski and Chiappello 1999), or “digital capitalism” (Schiller 1999), but also that of freeware and digital commons such as Wikipedia. How did they interact, in synergy and conflict, with other social facts ? The globalization of practices also raises the issue of interculturality, as various cultures
    become involved in a process of appropriation and modification of the globalized US culture, which ICTs have been so influential in diffusing.

    We encourage proposed panels and individual papers that engage with the role
    of the United States in the development of ICT at work, including :

  •  Entrepreneurial rhetoric and the deployment of ICTs.
  •  The relationship between ICTs and neoliberal deregulation and delocalization.
  •  Vectors of dissemination : management manuals, trade shows, public policies, media, awareness raising campaigns, seminars, industry rivalry (Apple v. Microsoft, etc.).
  •  Pre-existing modes of flattened and networked organizations and soft control in the US (advertising agencies and research projects are an example) and their interaction with the development of ICTs-related modes of work organization.
  •  Emergence of new professional types such as the hacker and their set of values of expert autonomy, sharing and transparent exchange that contradict the values of capitalism but echo US cultural entrepreneurial values of self-reliance, DIY and distrust of institutions.
  •  ICTs and masculine domination : the impact of technical changes on gender roles at work.
  •  The role of consumers : from consumerism to prosumerism.
  •  The governance of networks (including regulation through legal licences) and US laws based on individual freedom.

    Please send submissions to fraysseo@aol.com and mathieu.oneil@anu.edu.au and
    include your name and affiliation.

    Abstracts for papers should be 250 words.

    Panel submissions must include three individual abstracts, a panel title and
    100-150 word rationale for the panel as a whole.


    Abstract submission date : December 15, 2012.

    Applicants will be advised by January 15, 2013.